Illustration: Louis XIV receives the ambassadors of the thirteen Swiss cantons on November 11th 1663, painted by Adam Frans van der Meulen
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Projet de recherche, financé par le Fonds national suisse (1.10.2009–30.9.2012)
| Direction | Prof. Dr. Christian Windler |
| Collaborateur | M.A. Andreas Affolter |
| Collaborateur | M.A. Tilman Haug |
| Collaborateur | M.A. Julia Schwarz |
| Collaborateur | M.A. Nadir Weber |
Largement déconstruit pour les relations de pouvoir internes des monarchies d’Europe occidentale depuis les années 1980, le paradigme absolutiste est encore couramment appliqué aux relations extérieures des XVIIe et XVIIIe siècles, ordinairement considérées comme un domaine réservé à l’autorité du prince. Au moins pour l’époque post-westphalienne, les relations extérieures sont regardées comme des relations entre États souverains agissant dans un « système international ». Le présent projet propose au contraire de réfléchir à la question de l’ampleur réelle, et donc aussi des limites, de la monopolisation des relations extérieures par une administration centrale dans les dernières décennies du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle. Pour l’époque allant de la Paix de Westphalie à la Révolution Française, les questions et les méthodes de la recherche sur la genèse de l’État,jusqu’à présent presque exclusivement appliquées aux relations de pouvoir internes, seront appliquées au champ des relations extérieures. Les pratiques de communication, les réseaux personnels transfrontaliers, les perceptions, culturellement conditionnées, des situations d’interaction et les positionnements discursifs ayant trait aux relations extérieures seront examinés dans la perspective des acteurs, c’est-à-dire du point de vue des personnes et des groupes intéressés. Le projet invite à se pencher particulièrement sur les moments de rupture - moments qui ont amené les acteurs à prendre conscience de ce qui relevait jusque-là de l’évidence -, ce qui permettra de prendre connaissance de pratiques alors établies et des processus de négociation des normes. Focaliser le projet géographiquement sur la France, le Saint Empire romain germanique et le corps helvétique, c’est privilégier un espace pour lequel la recherche présume une profonde influence de la Paix de Westphalie sur l’organisation des relations politiques extérieures à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.
Illustration: Louis XIV receives the ambassadors of the thirteen Swiss cantons on November 11th 1663, painted by Adam Frans van der Meulen
La question de la mise en place de structures étatiques dans le cadre des relations extérieures sera examinée dans les projets partiels sous trois aspects, qui se complètent et, parfois, se recoupent :
Les réseaux personnels des acteurs ayant pris part au façonnage des relations extérieures feront l’objet d’une première approche. Ainsi seront examinés les réseaux, locaux et transfrontaliers, non seulement des envoyés ou des magistrats mais encore des acteurs sans fonction diplomatique officielle, par exemple de membres de la haute noblesse ou d’officiers mercenaires. Quelle était la nature de leurs relations et quelles ressources matérielles, symboliques ou informationnelles ont-ils échangé ? La question des loyautés multiples est particulièrement intéressante, de même que celle de la légitimité (décroissante ?) des réseaux personnels transfrontaliers.
L’accent sera mis, deuxièmement, sur la perception des cultures politiques étrangères par les acteurs diplomatiques, et sur l’infléchissement éventuel des relations extérieures qu’elle put induire. L’importance de cette question découle des différences entre les entités politiques concernées, d’une part quant à leur organisation interne, et d’autre part quant à leur position dans l’ordre européen. La question de la perception de l’autre se pose notamment à propos de la réception des modes d’interaction proprement étatiques et de ses implications sur les relations extérieures. Comment les concepts de « souveraineté » ou de « neutralité » ont-ils changé le regard sur l’autre ? Dans quelle mesure de nouvelles possibilités d’interaction se firent-elle jour entre des entités politiques agissant dans un système politique de plus en plus différencié ?
Le projet analysera en troisième lieu les conditions structurelles et les pratiques de la communication entre les acteurs ayant pris part au façonnage des relations politiques extérieures. Seront examinés les processus d’information engendrés par les réseaux personnels, la représentation (discursive ou symbolique) des relations étatiques ou personnelles et l’interaction réciproque dans le cadre des négociations diplomatiques. Il faudra accorder ici une place importante à la question de l’ampleur des codes et des canaux de communication explicitement étatiques, ainsi qu’à celle de leur primauté progressive, au détriment des codes et des canaux de communication perçus comme privés ou non étatiques.
Les questions soulevées ci-dessus seront examinées dans le cadre de quatre projets partiels, qui porteront respectivement sur deux états impériaux ecclésiastiques, sur un état impérial temporel, sur les treize cantons du corps helvétique et sur la principauté de Neuchâtel. Les rapports de ces entités politiques avec la France occuperont une place centrale dans les projets concernés, qui pourtant analyseront aussi ces relations dans le contexte des rapports concurrents avec d’autres puissances. Les corpus de sources les plus importants pour traiter de ces sujets sont constitués de la correspondance officielle des envoyés d’un côté et, de l’autre, des échanges de lettres particulières, ces dernières sources permettant notamment d’étudier les aspects informels des relations extérieures.
Tilman Haug
Ce projet partiel traite des relations entre la couronne de France et deux états impériaux ecclésiastiques, les cours et chapitres des princes électeurs de Cologne et de Mayence, dans les premières décennies qui suivirent la Paix de Westphalie. Dans ce cadre, on explorera d’une part les relations personnelles entretenues avec plusieurs agents de l’entourage des princes ecclésiastiques, sous l’angle des pratiques de patronage transfrontalières. Il s’agira d’autre part de déterminer si des caractères et des mécanismes généraux sont susceptibles de rendre compte de ces relations extérieures à caractère inégal. Il faudra encore mettre en lumière les loyautés multiples et les intérêts individuels des acteurs ; analyser les relations d’interdépendance, ainsi que les conflits possibles, entre une « éthique du patronage » d’une part et des normes et des processus spécifiquement « politiques » de l’autre. Comment, à travers des relations entachées de conflits d’intérêt, une certaine confiance put-elle malgré tout éclore et se maintenir ? Enfin, on pourra s’interroger sur l’influence, dans la construction de ces relations, des perceptions nées de l’interaction quotidienne entre les acteurs concernés.
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Projet (58KB) |
Julia Schwarz
Ce projet enquêtera sur les relations entre la France et la cour de Bavière sous le règne du prince électeur Ferdinand Maria (1651-1679). Celui-ci mena, durant les premières années de son règne, une politique favorable aux Habsbourg, sous l’influence de sa mère, la princesse électorale Maria Anna, et du Hofmarschall comte Maximilian Kurtz ; les relations de parenté, tout comme la représentation diplomatique permanente de la cour de Vienne, y jouèrent aussi un rôle. Plus tard cependant, une faction franco-savoyarde, emmenée par le Hofmarschall Hermann Egon von Fürstenberg et par la princesse électorale Henriette Adélaïde de Savoie, épouse de Ferdinand Maria, parvint à exercer une influence prédominante. La coopération avec la France atteignit son sommet en 1670 avec la conclusion d’un traité franco-bavarois, alliance renforcée en 1679 par le mariage de la sœur du prince électeur Max Emanuel avec le dauphin de France. La Bavière fut, du reste, la seule cour de l’Empire à bénéficier de la présence d’un envoyé issu de la haute noblesse.
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Projet (61KB) |
Andreas Affolter
Ce projet examinera, à différents niveaux, les relations extérieures entre la France et les cantons suisses, durant l’ambassade de Claude-Théophile de Bésiade, marquis d’Avaray (1716-1726). Le champ d’étude comprendra, d’une part, les relations entre les autorités des cantons et la cour de France ; il s’étendra, d’autre part, à l’exploration du réseau de relations personnelles de d’Avaray au sein du corps helvétique, tel qu’il peut se concevoir à partir de sa vaste correspondance. Partant, il sera nécessaire de préciser comment la diversité des cultures politiques des cantons – au regard du concept de souveraineté, de la confession et du caractère urbain ou rural des cantons – a pu infléchir l’organisation des relations extérieures. Cette perspective comparative permettra de mesurer l’empreinte différenciée de l’ « étatisation » des relations extérieures au cours du premier xviiie siècle, et de déterminer les facteurs qui l’influencèrent.
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Projet (46KB) |
Nadir Weber
En 1707, la souveraineté sur la principauté de Neuchâtel, jusque-là détenue par une famille de la haute noblesse française, échut au roi de Prusse. La principauté connut alors une grande autonomie, tandis que ses élites continuèrent d’entretenir d’étroites relations extérieures avec la France. Ce projet s’attachera à évaluer les conséquences de ces deux traits sur le développement des relations politiques transnationales, à la fois entre Neuchâtel et ses voisins et entre les monarchies prussienne et française. Dans cette optique, trois niveaux seront distingués : celui des souverains et de leurs interactions diplomatiques ; celui des autorités intermédiaires dans les relations de pouvoir (verticales) et de voisinage (horizontales) ; enfin, celui des acteurs engagés à titre individuel ou familial. Ce regard porté sur les réseaux et sur l’interdépendance existant entre les différents niveaux d’action, ainsi que sur ceux qui en ont été les acteurs, permettra de reconstruire, dans la perspective d’une histoire des pratiques de communication, les modes de fonctionnement des relations extérieures.
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Projet (50KB) |